Le rhizome, qu’est-ce que c’est ?

Rhizome : tige souterraine des plantes vivaces qui porte des racines adventives et des tiges feuillées aériennes. (Le Petit Robert)

Le rhizome, comme métaphore, c’est donc tout à la fois l’impossibilité d’échapper à la multiplicité (toutes les tiges feuillées jaillissant du rhizome ont la même importance, aucune ne prévaut ; ne prévaut que ce qui, souterrain, obscur, préside à leur commune existence), et un principe de croissance indéfinie.

Le rhizome, c’est aussi l’histoire d’un concept à géométrie variable. C’est, d’abord, celui que développent Deleuze et Guattari, concernant l’espace géographique multiple ouvert par le livre : “on ne cherchera rien à comprendre dans un livre (nous étendons la chose à toute forme d’art) ; on se demandera avec quoi il fonctionne, en connexion de quoi il fait ou non passer des intensités, dans quelles multiplicités il introduit et métamorphose la sienne, avec quels corps sans organes il fait lui-même converger le sien”.

C’est aussi un credo commun :

Je ne suis ni au centre, ni dans les marges ; je suis, comme toi-même, au croisement de lignes de forces innombrables, non définies, et qui me dépassent ; chacun de mes actes en modifie l’arrangement. Et fatalement, chacune des modifications que j’y apporte me déplace en retour. Je suis donc nécessairement multiple ; et cette multiplicité va bien au-delà de ce que je me veux (de ce que je contrôle effectivement, de ce que je prétends contrôler, de ce que j’appréhende seulement de moi-même).

Je suis aux mondes – une croisée, comme tu l’es.

Je n’existe pas, d’ailleurs ; je, c’est nous.

I am us.

Imprégnés de la forme plurielle de l’univers, consubstantiels à elle, nous y sommes poreux et vivants. Le rhizome est alors la forme même d’une multiplicité de visions et d’actes. C’est le moment où se réalisent, indissolublement liés, les tensions du faire et du comprendre.

L’idée que nous avons suivie consistait à créer un paysage liant plusieurs œuvres, et à les y faire résonner les unes par les autres.

Créer non à plusieurs mains, mais à n+1 (chacun pour soi, éclairé par les autres et les éclairant en retour), avec et pour ceux que l’idée d’étendre ainsi ou de laisser s’étendre la portée de leur propre univers séduirait. De là des univers graphiques, sonores, que l’on peut combiner à loisir. Chacune des œuvres ainsi obtenues est un univers composite, qui tire sa richesse d’une collision de subjectivités distinctes, mais choisies pour leurs résonnances.

Mettre en œuvre un art rhizomique. Inventer, comme on parle d’inventeurs de trésors : défricher, défouir ce qui existe. Faire émerger du réel une réalité porteuse d’une cohérence insue.

Composer pour être dépossédé, et pas seulement par la perspective d’être vu. Ecrire, peindre, pour découvrir ensuite ce que nous n’avons pas dit, pour dire ce que d’autres ont négligé ou tu ; composer, en somme, selon un incontrôlable principe d’expansion. Que chacun prolonge chacun, nuance chacun, éclaire chacun, s’en empare enfin pour le vriller et être dépossédé à son tour. Dans cette danse, vous êtes l’ultime jalon de la création.

Répétons : ce que l’on découvre est le fruit de plusieurs auteurs. On n’a devant les yeux que l’expression d’un désir, formé de visions individuelles et non assignables. Etant conjonction de désirs, l’œuvre se fait elle-même désirante. Elle est une force de tension, sans direction parce que tendue vers un éventail de possibles toujours redéfinis, et elle-même sans origine nommée. L’onde de choc d’une collision. L’émergence offerte d’affinités esthétiques souterraines. Le rhizome. Qu’on ne s’occupe donc plus que de lui, et du temps et de l’espace qu’il donne à entendre à celui qui, l’accueillant, s’y intègre nécessairement.

Nous appelons à une expérience du rhizome.

Aucune possibilité d’en faire une école puisqu’il est mouvement, qu’il vient du plus humble, du plus profond. Que nous sommes une force de pluralité en marche.

Allons.

Le rhizome n’est pas seulement une vision du monde intégrant le multiple : c’est un monde multiple en devenir. Un “beau risque à courir” est en route.

Les quelques lignes qui précèdent n’en sont qu’un état des lieux et un appel, aussi ouverts et susceptibles de changement que le monde qu’ils se donnent pour tâche de dire.

Répétons :

“Je “, c’est nous. I am us.

Allons, du plus humble. Imus.

I(a)mus.

Retenons ce nom comme celui d’une force allant, désirante – non d’un collectif d’artistes.

Qui s’y retrouve vienne s’y perdre.

©2021 i(a)mus

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